Lettre ouverte à un prêtre pédophile PDF Imprimer Envoyer
Par Pierre Durieux    Facebook MySpace Twitter Google Yahoo! Buzz Yahoo! Bookmarks Delicious Digg BlogMarks Wikio Yoolink Gmiix Netvibes LinkedIn Scoopeo Jamespot TapeMoi Mr. Wong Technorati Windows Live Bluegger Viadeo
Mardi, 23 Mars 2010

Je t'en veux. Je t'en veux parce que tu as blessé des enfants, leur personne, leur affectivité, leur sexualité, leur identité. Je t'en veux, parce que tu as trahi ta triple vocation d'homme, de chrétien et de prêtre.

Moi qui suis père de famille, si tu avais touché à mon enfant, j'aurais eu envie de faire justice moi-même, de le venger, de te tuer, peut-être.

Benoît XVI dans sa lettre à l'Eglise d'Irlande du 19 mars t'a consacré un paragraphe entier. Il n'y mâche pas ses mots : "Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet." Ne crois pas qu'une partie de cette phrase soit moins importante que l'autre.

Ces temps-ci, tu es tellement médiatisé que les trois P du carême, "prière, pénitence, partage", ont été remplacés par les trois P de la suspicion : "prêtre peut-être pédophile". Pour toujours et pour tous, l'expression "prêtre pédophile" devrait être une contradiction. Pour l'heure et pour certains, elle devenue une évidence.

Que le sacerdoce suscite la défiance n'est pas très neuf. François Mauriac en 1931 évoque les prêtres de son temps en ces termes : "On les épie. Mille voix dénoncent ceux qui tombent." Mais quatre-vingts ans après, tes affaires sont devenues telles qu'elles devraient réussir ce que "des siècles de persécution ne sont parvenus à atteindre…" : assombrir la lumière de l'Evangile.

Je t'en veux. Je t'en veux parce que tandis que tu tombes sous les feux des projecteurs, mille de tes confrères restent debout dans l'ombre. Leur fidélité ne me console pas de ton infidélité. Mais ton infidélité n'anéantit pas leurs efforts. Comme les efforts des prêtres de mon diocèse, par exemple : pauvres par choix, au milieu de tant de pauvretés non choisies, serviteurs au milieu des nations, créateurs de fraternité de quartiers, veilleurs de l'espérance, sentinelles de la foi au cœur de nos villes et de nos campagnes.

Samedi, le pape t'a écrit : "Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu."

Je t'en veux mais je veux te respecter parce que je crois que Jésus est venu pour guérir les malades et pardonner aux pécheurs. Je veux croire que la guérison et que la miséricorde s'étendent jusqu'à toi. Je le crois d'autant plus que ceux qui n'y croient pas, ceux qui veulent en finir avec toi, le prêtre pédophile, veulent en réalité souvent bien plus en finir avec le prêtre qu'avec le pédophile.

Je m'en veux. Parce que peut-être je suis responsable en partie de ce qui t'arrive. Je n'ai pas prié pour toi. Je t'ai parfois critiqué. Je t'ai souvent laissé seul.

Benoît XVI a posé un diagnostic clair sur ta situation et te prescrit des remèdes efficaces, pour un chemin de guérison, de renouveau et de réparation.

L'homme est pécheur, le chrétien n'est pas meilleur que les autres, le prêtre est faillible. Mais la sainteté n'est pas un idéal impossible. Prions pour obtenir des prêtres, de saints prêtres, des prêtres selon le cœur de Dieu. C'est le sens de la démarche proposée le 8 mai à Ars, où plus de 10 diocèses convergeront dans le village du saint curé.

Prenons soin de nos prêtres. C'est peut-être l'enseignement de cette année sacerdotale : tous ne sont pas appelés mais tous sont responsables de la manière dont quelques-uns répondent à cet appel. Nous serons alors heureux de dire avec saint Jean-Marie Vianney : "Un bon pasteur est le trésor le plus grand que le bon Dieu peut donner à une paroisse et l'un des dons les plus précieux de la divine miséricorde."

Pierre Durieux est vice-président de l'Université des communicants catholiques, directeur de la communication du diocèse de Lyon

 

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