Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber - Page 3 PDF Imprimer Envoyer
Par Boris Vian    Facebook MySpace Twitter Google Yahoo! Buzz Yahoo! Bookmarks Delicious Digg BlogMarks Wikio Yoolink Gmiix Netvibes LinkedIn Scoopeo Jamespot TapeMoi Mr. Wong Technorati Windows Live Bluegger Viadeo
Mardi, 01 Février 1955
Page 1 Page 2 Page 3
Toutes les pages

Il y a encore un point sur lequel J'aurais voulu ne pas insister, car il ne vous fait pas honneur ; mais vous avez déclenché publiquement les hostilités ; vous êtes l'agresseur.

Pour tout vous dire, Je trouve assez peu glorieuse - s'il faut parler de gloire - la façon dont vous me cherchez noise.

Auteur à scandale (pour les gens qui ignorent les brimades raciales), ingénieur renégat, ex-musicien de Jazz, ex-tout ce que vous voudrez (voir la presse de l'époque), Je ne pèse pas lourd devant monsieur Paul Faber, conseiller municipal. Je suis une cible commode ; vous ne risquez pas grand-chose. Et vous voyez, pourtant. loin de déserter, j'essaie de me défendre. Si c'est comme cela que vous comprenez la guerre, évidemment, c'est pour vous une opération sans danger ? mais alors pourquoi tous vos grands mots ? N'importe qui peut déposer une plainte contre n'importe qui - même si le second a eu l'approbation de la majorité. C'est généralement la minorité grincheuse qui proteste -et les juges lui donnent généralement raison, vous le savez ; vous Jouez à coup sûr. Vous voyez, Je ne suis même pas sûr que France-dimanche, à qui je l'adresse, publie cette lettre : que me restera-t-il pour lutter contre vos calomnies ? Ne vous battez pas comme ça, monsieur Faber, et croyez-moi : si Je sais qu'il est un lâche. Je ne me déroberai Jamais devant un adversaire, même beaucoup plus puissant que moi ; puisque c'est moi qui clame la prééminence de l'esprit sur la matière et de l'intelligence sur la brutalité, il m'appartiendra d'en faire la preuve - et si j'échoue, j'échouerai sans gloire, comme tous les pauvres gars qui dorment sous un mètre de terre et dont la mort n'a vraiment pas servi à donner aux survivants le goût de la paix. Mais de grâce, ne faites pas semblant de croire que lorsque j'insulte cette ignominie qu'est la guerre, j'insulte les malheureux qui en sont les victimes : ce sont des procédés caractéristiques de ceux qui les emploient que ceux qui consistent à faire semblant de ne pas comprendre; et plutôt que de vous prendre pour un hypocrite j'ose espérer qu'en vérité, vous n'aviez rien compris et que la présente lettre dissipera heureusement les ténèbres. Et un conseil : si la radio vous ennuie, tournez le bouton ou donnez votre poste ; c'est ce que J'ai fait depuis six ans ; choisissez ce qui vous plaît, mais laissez les gens chanter, et écouter ce qui leur plaît.

C'est bien la liberté en général que vous défendiez quand vous vous battiez, ou la liberté de penser comme monsieur Faber ?

Bien cordialement,

Boris Vian



 

Identification



   
Mot de passe oublié
Identifiant oublié
Créer un compte

En ce moment...